Françis Cabrel

Répondez-moi

Note : 4/5

Je vis dans une maison sans balcon, sans toiture
Où y a même pas d'abeilles sur les pots de confiture
Y a même pas d'oiseaux, même pas la nature
C'est même pas une maison
J'ai laissé en passant quelques mots sur le mur
Du couloir qui descend au parking des voitures
Quelques mots pour les grands
Même pas des injures
Si quelqu'un les entend
Répondez-moi
Répondez-moi

Mon c½ur a peur d'être emmuré entre vos tours de glace
Condamné au bruit des camions qui passent
Lui qui rêvait de champs d'étoiles, de colliers de jonquilles
Pour accrocher aux épaules des filles
Mais le matin vous entraîne en courant vers vos habitudes
Et le soir, votre forêt d'antennes est branchée sur la solitude
Et que brille la lune pleine
Que souffle le vent du sud
Vous, vous n'entendez pas
Et moi, je vois passer vos chiens superbes aux yeux de glace
Portés sur des coussins que les maîtres embrassent
Pour s'effleurer la main, il faut des mots de passe
Pour s'effleurer la main
Répondez-moi
Répondez-moi

Mon c½ur a peur de s'enliser dans aussi peu d'espace
Condamné au bruit des camions qui passent
Lui qui rêvait de champs d'étoiles et de pluies de jonquilles
Pour s'abriter aux épaules des filles
Mais la dernière des fées cherche sa baguette magique
Mon ami, le ruisseau dort dans une bouteille en plastique
Les saisons se sont arrêtées aux pieds des arbres synthétiques
Il n'y a plus que moi
Et moi, je vis dans ma maison sans balcon, sans toiture
Où y a même pas d'abeilles sur les pots de confiture
Y a même pas d'oiseaux, même pas la nature
C'est même pas une maison




: James Bond : L'espion qui m'aimait

# Posté le dimanche 10 août 2008 22:24

James Mattew Barrie

Peter Pan

Note : 5/5

Je ne sais s'il vous est arrivé de voir la carte géographique de l'esprit d'une personne. Les docteurs dessinent parfois un schéma d'autres parties de votre corps, et ces croquis suscitent le plus vif intérêt. Mais surprenez-les donc tandis qu'ils s'ingénient à dresser le plan d'un esprit d'enfant, territoire non seulement embrouillé mais qui n'arrête pas un instant de bouger ! Des lignes en zigzag apparaissent, tout comme sur une feuille de température ; ce sont probablement les routes qui sillonnent l'île, car le pays de L'Imaginaire est toujours plus ou moins une île, avec, ici et là, d'étonnantes taches de couleurs, des récifs de corail et, au large, de fins voiliers corsaires ; et encore des repaires sauvages, de nains – tailleurs pour la plupart ̶ , des grottes où coule une rivière, des princes benjamins de sept frères, une hutte prête à s'effondrer, et une toute petite vieille au nez crochu.
S'il n'y avait que cela, le plan serait facile à tracer. Mais on y trouve aussi le premier jour à l'école, la religion, les prêtres, le bassin rond, les travaux d'aiguille, des meurtres, des pendaisons, les verbes qui gouvernent le datif, le jour du flan au chocolat, les premières bretelles, dites trente-trois, trois sous pour arracher votre dent vous-même, et ainsi de suite. Et comme ces choses font tantôt partie de l'île, tantôt d'une autre carte qu'on voit par transparence, on ne s'y retrouve plus du tout, d'autant que cela remue tout le temps. Évidemment, le pays de l'Imaginaire diffère beaucoup d'une personne à l'autre. Celui de John, par exemple, possède une lagune où vont volants des flamants roses que John tire à la carabine. Alors que Michael, qui est encore petit, a un flamant rose que survolent des lagunes. John vit dans un bateau échoué dans les sables la quille en l'air, Michael reçoit les siens la nuit. Wendy chouchoute un louveteau abandonné par ses parents. Mais dans l'ensemble, les contrées de l'Imaginaire ont toutes un air de famille, et si elles voulaient bien se tenir en rang devant vous, vous diriez qu'elles ont toutes le même nez, la même bouche, etc. C'est toujours sur ces rivages magiques que les enfants viennent échouer leurs canots. Nous aussi, nous y sommes allés et bien que nous n'y abandonnerons jamais plus, nous avons encore dans l'oreille le chant des vagues.
De toutes les Cythères, l'Île de l'Imaginaire est la mieux abritée et la plus dense, pas du genre qui s'étire en longueur avec d'ennuyeuses distances d'une aventure à l'autre, mais pleine comme un ½uf. Le jour, quand on y joue, avec la nappe et les chaises, elle n'a rien d'effrayant ; mais deux minutes avant de s'endormir, elle devient presque vraie. C'est pourquoi l'on a inventé les veilleuses.




: Gentlemen - Teddy Geiger
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# Posté le vendredi 25 juillet 2008 21:55

Oscar Wilde

Le portrait de Dorian Gray

Note : 3.5/5

Mais ce meurtre allait-il le poursuivre toute la vie ? Allait-il devoir porter toujours le poids de son passé ? Devait-il véritablement avouer ? Jamais. Il ne restait plus contre lui qu'une seule preuve. Le portrait lui-même : voilà la preuve. Il le détruirait. Pourquoi l'avoir conservé si longtemps ? Jadis il avait éprouvé du plaisir à le voir se modifier, à le voir vieillir. Depuis quelque temps il n'éprouvait plus ce plaisir. Le portrait l'empêchait de dormir. Quand il était loin de Londres, la terreur s'emparait de lui à l'idée que d'autres yeux que les siens pussent le voir. Il avait teinté ses passions de mélancolie. Son souvenir avait suffi à gâter bien des moments de joie. Il avait été pour lui comme sa conscience. Oui, il avait été sa conscience. Il le détruirait.

Il promena son regard dans la pièce, et vit le couteau qui avait transpercé Basil Hallward. Il l'avait nettoyé à maintes reprises, jusqu'à ce qu'il ne portât plus la moindre tache. Il était luisant, il brillait. Tout comme il avait tué le peintre, il tuerait l'½uvre du peintre et tout ce qu'elle signifiait. Il tuerait le passé et une fois ce passé mort, lui-même serait libre. Il tuerait cette monstrueuse âme vivante et ainsi, délivré de ses horribles reproches, il serait en paix. Il saisit l'objet, et y planta le couteau.

Un cri se fit entendre, puis le bruit d'une chute. Le cri exprimait une souffrance si épouvantable que les domestiques se réveillèrent, pleins d'effroi, et sortirent sans bruit de leur chambre. Deux messieurs, dehors, qui passait sur la place, s'immobilisèrent, et levèrent les yeux vers la grande maison. Ils poursuivirent leur chemin jusqu'à ce qu'ils rencontrassent un agent de police, et le ramenèrent avec eux. Ce dernier appuya plusieurs fois sur la sonnette, mais il n'y eut pas de réponse. À l'exception d'une lumière à l'une des fenêtres du dernier étage, la maison était dans l'obscurité la plus complète. Au bout d'un certain temps, il s'éloigna, s'arrêta sous un porche voisin et attendit.

« Qui habite cette maison, brigadier ? demanda le plus âgé des deux hommes.

- M. Dorian Gray, monsieur », répondit l'agent de police.

Ils échangèrent un regard, et s'éloignèrent en ricanant. L'un d'eux était l'oncle de Sir Henry Ashton.

À l'intérieur, dans la partie de la maison où logeait les domestiques, ces derniers, à demi vêtus, se parlaient à voix basse. La vieille Mme Leaf était en larmes, et se tordait les mains. Francis était pâle comme la mort.

Au bout d'un quart d'heure environ, il prit avec lui le cocher et l'un des valets de pied, et ils montèrent à pas de loups. Ils frappèrent à la porte, mais n'obtinrent pas de réponse. Ils appelèrent. Tout restait silencieux. Finalement, après avoir essayé en vain de forcer la serrure, ils montèrent sur le toit, et se laissèrent choir sur le balcon. La fenêtre céda aisément ; les loqueteaux étaient vieux.

Lorsqu'ils entrèrent, ils découvrirent, accroché au mur, un superbe portrait de leur maître tel qu'ils l'avaient vu pour la dernière fois, dans toute la splendeur de sa jeunesse et de sa beauté exquises. Étendu sur le plancher, gisait un homme mort, en habit de soirée, un couteau planté dans le c½ur. Il était ridé, sa peau était desséchée et son visage repoussant. Ce n'est que lorsqu'ils eurent examiné ses bagues qu'ils le reconnurent.




: Écoute un film - Spider Man 3
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# Posté le samedi 31 mai 2008 17:15

Charles Perrault

La Barbe Bleue

Note : 3/5

Il était une fois un homme qui avait de belles maisons à la ville et à la campagne, de la vaisselle d'or et d'argent, des meubles en broderies et des carrosses tout dorés. Mais, par malheur, cet homme avait la barbe bleue : cela le rendait si laid et si terrible, qu'il n'était ni femme ni fille qui ne s'enfuît de devant lui.

Une de ses voisines, dame de qualité, avait deux filles parfaitement belles. Il lui en demanda une en mariage, et lui laissa le choix de celle qu'elle voudrait lui donner. Elles n'en voulaient point toutes deux, et se le renvoyaient l'une à l'autre, ne pouvant se résoudre à prendre un homme qui eût la barbe bleue. Ce qui les dégoûtait encore, c'est qu'il avait déjà épousé plusieurs femmes, et qu'on ne savait ce que ces femmes étaient devenues.

La Barbe bleue, pour faire connaissance, les mena, avec leur mère et trois ou quatre de leurs meilleures amies et quelques jeunes gens du voisinage, à une de ses maisons de campagne, où on demeura huit jours entiers. Ce n'étaient que promenades, que parties de chasse et de pêche, que danses et festins, que collations : on ne dormait point et on passait toute la nuit à se faire des malices les uns aux autres ; enfin tout alla si bien que la cadette commença à trouver que le maître du logis n'avait plus la barbe si bleue, et que c'était un fort honnête homme.

Dès qu'on fut de retour à la ville, le mariage se conclut. Au bout d'un mois, la Barbe bleue dit à sa femme qu'il était obligé de faire un voyage en province, de six semaines au moins, pour une affaire de conséquence; qu'il la priait de se bien divertir pendant son absence ; qu'elle fit venir ses bonnes amies ; qu'elle les menât à la campagne, si elle voulait ; que partout elle fît bonne chère.

"Voilà, dit-il, les clefs des deux grands garde-meubles ; voilà celles de la vaisselle d'or et d'argent, qui ne sert pas tous les jours ; voilà celles de mes coffres-forts où est mon or et mon argent ; celles des cassettes où sont mes pierreries, et voilà le passe-partout de tous les appartements. Pour cette petite clef-ci, c'est la clef du cabinet au bout de la grande galerie de l'appartement bas : ouvrez tout, allez partout ; mais, pour ce petit cabinet, je vous défends d'y entrer, et je vous le défends de telle sorte que s'il vous arrive de l'ouvrir, il n'y a rien que vous ne deviez attendre de ma colère."

Elle promit d'observer exactement tout ce qui lui venait d'être ordonné, et lui, après l'avoir embrassée, il monte dans son carrosse, et part pour son voyage. Les voisines et les bonnes amies n'attendirent pas qu'on les envoyât quérir pour aller chez la jeune mariée, tant elles avaient d'impatience de voir toutes les richesses de sa maison, n'ayant osé y venir pendant que le mari y était, à cause de sa barbe bleue, qui leur faisait peur.

Les voilà aussitôt à parcourir les chambres, les cabinets, les garde-robes, toutes plus belles et plus riches les unes que les autres. Elles montèrent ensuite aux garde-meubles, où elles ne pouvaient assez admirer le nombre et la beauté des tapisseries, des lits, des sofas, des cabinets, des guéridons, des tables et des miroirs où l'on se voyait depuis les pieds jusqu'à la tête, et dont les bordures, les unes de glace, les autres d'argent et de vermeil doré, étaient les plus belles et les plus magnifiques qu'on eût jamais vues. Elles ne cessaient d'exagérer et d'envier le bonheur de leur amie, qui cependant, ne se divertissait point à voir toutes ces richesses, à cause de l'impatience qu'elle avait d'aller ouvrir le cabinet de l'appartement bas.

Elle fut si pressée de sa curiosité, que sans considérer qu'il était malhonnête de quitter sa compagnie, elle y descendit par un petit escalier dérobé, et avec tant de précipitation qu'elle pensa se rompre le cou deux ou trois fois.

Etant arrivée à la porte du cabinet, elle s'y arrêta quelque temps, songeant à la défense que son mari lui avait faite, et considérant qu'il pourrait lui arriver malheur d'avoir été désobéissante ; mais la tentation était si forte qu'elle ne put la surmonter : elle prit donc la petite clef, et ouvrit en tremblant la porte du cabinet.

D'abord elle ne vit rien, parce que les fenêtres étaient fermées. Après quelques moments, elle commença à voir que le plancher était tout couvert de sang caillé, et que dans ce sang, se miraient les corps de plusieurs femmes mortes et attachées le long des murs : c'était toutes les femmes que la Barbe bleue avait épousées, et qu'il avait égorgées l'une après l'autre.

Elle pensa mourir de peur, et la clef du cabinet, qu'elle venait de retirer de la serrure, lui tomba de la main. Après avoir un peu repris ses sens, elle ramassa la clef, referma la porte, et monta à sa chambre pour se remettre un peu ; mais elle n'en pouvait venir à bout, tant elle était émue. Ayant remarqué que la clef du cabinet était tachée de sang, elle l'essuya deux ou trois fois ; mais le sang ne s'en allait point : elle eut beau la laver, et même la frotter avec du sablon et avec du grès, il demeura toujours du sang, car la clef était fée, et il n'y avait pas moyen de la nettoyer tout à fait : quand on ôtait le sang d'un côté, il revenait de l'autre.

La Barbe bleue revint de son voyage dès le soir-même, et dit qu'il avait reçu des lettres, dans le chemin, qui lui avaient appris que l'affaire pour laquelle il était parti venait d'être terminée à son avantage. Sa femme fit tout ce qu'elle put pour lui témoigner qu'elle était ravie de son prompt retour.

Le lendemain, il lui redemanda les clefs ; et elle les lui donna, mais d'une main si tremblante, qu'il devina sans peine tout ce qui s'était passé.

" D'où vient, lui dit-il, que la clef du cabinet n'est point avec les autres ?

- Il faut, dit-elle, que je l'aie laissée là-haut sur ma table.

- Ne manquez pas, dit la Barbe bleue, de me la donner tantôt.

Après plusieurs remises, il fallut apporter la clef. La Barbe bleue, l'ayant considérée, dit à sa femme :

" Pourquoi y a-t-il du sang sur cette clef ?

- Je n'en sais rien, répondit la pauvre femme, plus pâle que la mort.

- Vous n'en savez rien ! reprit la Barbe bleue ; je le sais bien, moi. Vous avez voulu entrer dans le cabinet ! Eh bien, madame, vous y entrerez et irez prendre votre place auprès des dames que vous y avez vues. "

Elle se jeta aux pieds de son mari en pleurant, et en lui demandant pardon, avec toutes les marques d'un vrai repentir, de n'avoir pas été obéissante. Elle aurait attendri un rocher, belle et affligée comme elle était mais la Barbe bleue avait le c½ur plus dur qu'un rocher.

" Il faut mourir, madame, lui dit-il, et tout à l'heure.

- Puisqu'il faut mourir, répondit-elle en le regardant les yeux baignés de larmes, donnez-moi un peu de temps pour prier Dieu.

- Je vous donne un demi-quart d'heure, reprit la Barbe bleue ; mais pas un moment davantage. "

Lorsqu'elle fut seule, elle appela sa s½ur, et lui dit

" Ma s½ur Anne, car elle s'appelait ainsi, monte, je te prie, sur le haut de la tour pour voir si mes frères ne viennent point : ils m'ont promis qu'ils me viendraient voir aujourd'hui ; et si tu les vois, fais-leur signe de se hâter. "

La s½ur Anne monta sur le haut de la tour ; et la pauvre affligée lui criait de temps en temps :

" Anne, ma s½ur Anne, ne vois-tu rien venir ? "

Et la s½ur Anne, lui répondait :

" Je ne vois rien que le soleil qui poudroie, et l'herbe qui verdoie. "

Cependant, la Barbe bleue, tenant un grand coutelas à sa main, criait de toute sa force à sa femme :

" Descends vite ou je monterai là-haut."

"Encore un moment, s'il vous plaît ", lui répondait sa femme.

Et aussitôt elle criait tout bas :

"Anne, ma s½ur Anne, ne vois-tu rien venir ? "

Et la s½ur Anne répondait : " Je ne vois rien que le soleil qui poudroie, et l'herbe qui verdoie. "

- Descends donc vite, criait la Barbe bleue, ou je monterai là-haut.

- "Je m'en vais ", répondait la femme et puis elle criait :

" Anne, ma s½ur Anne, ne vois-tu rien venir ?

- Je vois, répondit la s½ur Anne, une grosse poussière qui vient de ce côté-ci ...

- Sont-ce mes frères ?

- Hélas ! non, ma s½ur : c'est un troupeau de moutons ...

- Ne veux-tu pas descendre ? criait la Barbe bleue.

- Encore un moment ", répondait sa femme, et puis elle criait :

" Anne, ma s½ur Anne, ne vois-tu rien venir ?

- Je vois, répondit-elle, deux cavaliers qui viennent de ce côté, mais ils sont bien loin encore.

- Dieu soit loué ! s'écria-t-elle un moment après, ce sont mes frères. je leur fais signe tant que je puis de se hâter. "

La Barbe bleue se mit à crier si fort que toute la maison en trembla. La pauvre femme descendit, et alla se jeter à ses pieds tout épleurée et tout échevelée.

" Cela ne sert à rien, dit la Barbe bleue ; il faut mourir. "

Puis, la prenant d'une main par les cheveux, et de l'autre, levant le coutelas en l'air, il allait lui abattre la tête. La pauvre femme, se tournant vers lui, et le regardant avec des yeux mourants, le pria de lui donner un petit moment pour se recueillir.

" Non, non, dit-il, recommande-toi bien à Dieu " et, levant son bras ...

Dans ce moment, on heurta si fort à la porte que la Barbe bleue s'arrêta tout court. On l'ouvrit, et aussitôt on vit entrer deux cavaliers, qui mettant l'épée à la main, coururent droit à la Barbe bleue.

Il reconnut que c'étaient les frères de sa femme, l'un dragon et l'autre mousquetaire, de sorte qu'il s'enfuit aussitôt pour se sauver ; mais les deux frères le poursuivirent de si près qu'ils l'attrapèrent avant qu'il pût gagner le perron. Ils lui passèrent leur épée au travers du corps, et le laissèrent mort. La pauvre femme était presque aussi morte que son mari, et n'avait pas la force de se lever pour embrasser ses frères.

Il se trouva que la Barbe bleue n'avait point d'héritiers, et qu'ainsi sa femme demeura maîtresse de tous ses biens. Elle en employa une partie à marier sa s½ur Anne avec un jeune gentilhomme dont elle était aimée depuis longtemps ; une autre partie à acheter des charges de capitaines à ses deux frères, et le reste à se marier elle-même à un fort honnête homme, qui lui fit oublier le mauvais temps qu'elle avait passé avec la Barbe bleue.


MORALITE

La curiosité, malgré tous ses attraits,
Coûte souvent bien des regrets ;
On en voit, tous les jours, mille exemples paraître.
C'est, n'en déplaise au sexe, un plaisir bien léger ;
Dès qu'on le prend, il cesse d'être.
Et toujours il coûte trop cher.

AUTRE MORALITE

Pour peu qu'on ait l'esprit sensé
Et que du monde on sache le grimoire,
On voit bientôt que cette histoire
Est un conte du temps passé.
Il n'est plus d'époux si terrible,
Ni qui demande l'impossible,
Fût-il malcontent et jaloux.
Près de sa femme on le voit filer doux ;
Et, de quelque couleur que sa barbe puisse être,
On a peine à juger qui des deux est le maître.




: My Hero - Paramore

# Posté le mercredi 21 mai 2008 15:26

Modifié le dimanche 13 juillet 2008 18:48

Victor Hugo

Claude Gueux (1834)

Note : 3/5

Il y a sept ou huit ans, un homme nommé Claude Gueux, pauvre ouvrier, vivait à Paris. Il avait avec lui une fille qui était sa maîtresse, et un enfant de cette fille. Je dis les choses comme elles sont, laissant le lecteur ramasser les moralités à mesure que les faits les sèment sur leur chemin. L'ouvrier était capable, habile, intelligent, fort mal traité pas l'éducation, fort bien traité par la nature, ne sachant pas lire et sachant penser. Un hiver, l'ouvrage manqua. Pas de feu, ni de pain dans le galetas. L'homme, la flle et l'enfant eurent froid et faim. L'homme vola. Je ne sais ce qu'il vola, je ne sais où il vola. Ce que je sais, c'est que de ce vol il résultat trois jours de pain et de feu pour la femme et pour l'enfant, et cinq ans de prison pour l'homme.

[...]

C'était un de ces hommes qui n'ont rien de vibrant ni d'élastique, qui sont composés de molécules inertes, qui ne résonnent au choc d'aucune idée, au contact d'aucun sentiment, qui ont des colères glacées, des haines mornes, des emportements sans émotion, qui prennent feu sans s'échauffer, dont la capacité de calorique est nulle, et qu'on dirait souvent faits de bois ; ils flambent par un bout et sont froids par l'autre. La ligne principale, la ligne diagonale du caractère de cet homme, c'était la tenacité. Il était fier d'être tenace, et se comparait souvent à Napoléon. Ceci n'est qu'une illusion d'optique. Il y a nombre de gens qui en sont dupes et qui, à certaine distance, prennent la ténacité pour de la volonté, et une chandelle pour une étoile.




: What I've Done - Linkin Park
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# Posté le dimanche 27 avril 2008 15:30